Le GEMVI dans les congrès

Conférence d'ouverture : Hormones et orientation sexuelle

Session du 20 novembre 2015

Hormones et orientation sexuelle
Pr. Jacques Balthazart (Liège, Belgique)


Il est couramment admis que l'orientation hétéro- ou homosexuelle d'un individu est essentiellement, voire exclusivement, le résultat d'apprentissages et d'interactions sociales qui se déroulent dans la petite enfance.
Sous l'influence de théories psychanalytiques freudiennes et postfreudiennes, un rôle tout particulier a été attribué aux interactions du petit enfant avec ses parents dans le développement de l'homosexualité.
Ces opinions très répandues ne sont cependant pas soutenues par des études quantitatives contrôlées et ignorent une littérature scientifique abondante qui suggère fortement, voire démontre que l'homosexualité dépend largement de déterminants biologiques, hormonaux et génétiques, prénataux.

Cet exposé, focalisé sur les explications hormonales, passera tout d'abord en revue les études animales qui démontrent formellement que de nombreuses différences entre mâles et femelles sont le résultat de l'action des hormones testiculaires pendant la vie embryonnaire.
Dans un deuxième stade, on montrera que ces mêmes hormones sont toujours bien présentes et actives dans l'espèce humaine et déterminent les différences sexuelles morphologiques ainsi que certaines différences comportementales entre hommes et femmes.
Enfin une troisième partie passera en revue les arguments qui suggèrent très fortement que ces mécanismes hormonaux jouent également un rôle important dans le déterminisme de l'orientation sexuelle.

Ces arguments sont de deux types :

1) L'étude des caractéristiques sexuellement différenciées :

Il est presque impossible, pour des raisons pratiques, de déterminer le milieu hormonal à laquelle une personne a été exposée au cours de la vie embryonnaire.
On peut cependant recueillir des informations indirectes sur ce milieu par l'étude chez les adultes de traits phénotypiques qui sont connus pour être influencés d'une manière permanente par la testostérone embryonnaire. Un grand nombre d'études ont comparé ces traits entre populations homo- et hétérosexuelles et trouvé des différences statistiquement significatives suggérant fortement que les populations homosexuelles avaient été exposées à des conditions hormonales légèrement différentes de la moyenne au cours de leur vie précoce.

Ces différences concernent des traits :
- morphologiques: dont a) la longueur relative de l'index (D2) et de l'annulaire (D4) (rapport plus petit masculinisé chez les lesbiennes par comparaison avec les femmes hétérosexuelles), b) la longueur relative des os longs dans les jambes, les bras et les mains (os plus courts dans les gays et les femmes qui sont attirées par les hommes que chez les hommes et les lesbiennes qui sont attirés par les femmes), et la taille de plusieurs structures du cerveau, y compris c ) le noyau surprachiasmatique (plus volumineux chez les gays que chez les hommes hétérosexuels), d) la commissure antérieure (plus grande chez les gays que chez les hommes hétérosexuels) et enfin e) le noyau interstitiel de l'hypothalamus antérieur numéro 3 (INAH3; 2-3 fois plus volumineux et ayant une densité en neurones plus grande chez les hommes hétérosexuels que chez les homosexuels).

- physiologiques dont a) plusieurs aspects de la physiologie de l'oreille interne, en particulier les petits bruits produits par l'oreille interne dits émissions oto-acoustiques (moins fréquentes et de plus faible amplitude chez les hommes et les lesbiennes que chez les femmes hétérosexuelles) , b) la rétroaction des stéroïdes œstrogéniques sur la sécrétion de l'hormone lutéinisante (rétroaction positive faible après injection d'une forte dose d'œstrogènes chez les gays, mais pas chez les hommes hétérosexuels), et c) l'activation du cerveau détectée par l'imagerie en résonance magnétique (IRM) ou la tomographie par émission de positons (TEP) en réponse aux odeurs typiques masculines ou féminines (réaction des hommes gays à odeurs mâles contrairement aux hommes hétérosexuels et manque de réaction des lesbiennes à des odeurs mâles contrairement aux femmes hétérosexuelles).

- comportementaux dont a) le comportement agressif (gays moins agressifs que les hommes hétérosexuels), b) les tâches visuo-spatiales (gays moins performants que les hommes hétérosexuels), c) la fluidité verbale (gays plus fluides que les hommes hétérosexuels), et d) la mémorisation de l'emplacement des objets (meilleurs résultats chez les gays que les hommes hétérosexuels).

Fait intéressant, dans tous ces cas sauf un (le volume du noyau suprachismatique), la modification présente chez les gays ou les lesbiennes les rend plus semblables à des sujets hétérosexuels du sexe opposé, ce qui suggère qu'ils ont été exposés à des influences endocriniennes qui étaient typiques de cet autre sexe.


2) L'analyse de divers cas cliniques :

Un certain nombre de pathologies humaines sont associées à des modifications importantes de l'environnement endocrinien embryonnaire.
De nombreuses études ont démontré que ces changements endocriniens précoces sont associés à des changements dans l'incidence de l'orientation homosexuelle.
Cette conclusion est en particulier bien fondée dans trois cas distincts : a) les filles souffrant d'hyperplasie congénitale des surrénales (HCS) qui sont exposées in utero à des niveaux anormalement élevés d'androgènes et présentent une incidence significativement accrue d'orientation homosexuelle, b) les filles nés de mères qui avaient été traitées avec du diéthylstilbestrol (DES) et qui montrent également une augmentation significative des activités bi- ou homo-sexuelles et de fantasmes sexuels non-hétérosexuels, et enfin c) les patients masculins atteints de dystrophie cloacale qui, bien que de sexe génétique XY, ont été soumis à une vaginoplastie et élevés comme filles. Dans environ la moitié des cas, ces sujets adoptent à l'âge adulte une identité masculine et une orientation sexuelle mâle typique, suggérant à nouveau une influence significative de leur exposition embryonnaire aux androgènes.

Malgré les limitations évidentes liées à ce type d'études, prises ensemble celles ci fournissent un faisceau d'arguments indiquant que des influences endocrines prénatales fortes sont impliquées dans le contrôle de l'orientation sexuelle humaine.
Une compréhension de ces mécanismes biologiques devrait conduire à une acceptation plus large de l'homosexualité dans la population et réduire la souffrance des personnes concernées.

Références
1. Balthazart, J., 2010. On nait homosexuel, on ne choisit pas de l'être. Editions Mardaga, Wavre, Belgique.
2. Balthazart, J., 2012. Brain development and sexual orientation. Morgan & Claypool Life Sciences, Charleston SC.
3. LeVay, S., 2011. Gay, straight, and the reason why. The science of sexual orientation. Oxford University Press, New York.
4. Ngun, T.C., Vilain, E., 2014. The biological basis of human sexual orientation: is there a role for epigenetics? Adv Genet 86, 167-184.


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